Ça devait bien faire 3 ans que je ne m’en étais pas servies, d’ailleurs il a fallu que je fouille au grenier pour les retrouver.
Elles m’attendaient, sagement enlacées, propres, une légère odeur de plastique neuf s’est échappée de la boite entrouverte.
C’est presque émue que je les ais serrées sur mon cœur.
Bon, là vous avez bien compris que je parle de mes baskets et non pas de mes abdos.
C’est qu‘hier, j’avais gym.
Comme quoi tout arrive, peut être même qu’un jour je parlerai allemand, allez savoir…
Étant donné que le dernier effort physique important de ma vie doit remonter à la naissance de Raphael, et que depuis, j’ai réussi à me bloquer deux fois le dos, j’ai préféré y aller
mollo.
Et j’ai choisi Wirbelsaülengymnastik-à vos souhaits, soit, gymnastique de la colonne vertébrale.
En arrivant j’ai ricané en moi-même en me disant, que je faisais baisser la moyenne d’age, et celle de poids aussi.
Ce n’était pas violent comme gym, mais j’ai quand même rapidement cessé de ricaner, même intérieurement.
Parce que la vieille d’en face, que je regardais attentivement vu que les instruction de la prof, je les comprenais moyennement, et que même quand je comprenais bien un truc du genre « levez la main droite » j’arrivais à lever la gauche…
Bref la vieille d’en face elle avait encore le sourire que le mien faisait déjà la grimace.
En gros, j’ai bien suivi quand même.
Ce qui m’a réellement posé problème c’est la fin de la séance, la relaxation.
En fait je n’étais pas relaxée du tout.
Elle nous a demandé de fermer les yeux, j’ai compris et obéis.
Puis je les ais rouvert puisque je ne comprenais pas la suite.
Et puis j’avais peur qu’ils se lèvent tous et que moi pauvre française handicapée je continue de me relaxer seule…
Et puis j’ai eu froid parce que je n’avais pas de tapis et que le sol n’était pas tellement isolé par ma malheureuse serviette.
C’est long 5 minutes quand on se caille,qu’on ne comprends rien et qu’on écoute de la flûte de pan en allemand.
Enfin, c’est partis jusqu’en décembre.
Le semestre prochain si tout va bien j’arrête la gym des vieilles dames et j’attaque « cuisse-fesses-ventre » ça va saigner…
Les temps sont durs, l’arrêt de la cigarette n’a pas forcément l’effet que j’attendais.
Que j’attendais, hein, pas que j’espérais…
Je pensais être énervée, j’imaginais faire un combat de boxe sur la Wii chaque soir afin d’épargner mon mari, mes enfants et mon chat.
En fait, je suis surtout déprimée, l’impression d’avoir perdue une bonne copine (oui, je sais la copine, elle essayait de m‘enfoncer un poignard dans le dos, mais
bon)…
L’arrêt de la cigarette et Raphael qui ne fait plus de sieste le matin, font que je n’ai plus vraiment de pause dans ma vie de mère au foyer.
Pour m’approcher de l’ordinateur, je dois ruser, car s’il a arrêté de grincer des dents, son grand truc reste de manger la table en marbre sur laquelle se trouve
l’ordi.
Là je l’ai joué finement, ou presque, il est assis dans sa chaise haute, à coté de moi, avec une tartine de fromage fondu.
Ma pause ordinateur va me coûter 5 minutes de nettoyage en prise de catch, sans compter le passage au karsher pour la chaise haute.
C’est ça où je dénonce Agrippine qui dort en toute discrétion sur une chaise, si je la montre à Raphael j’ai 5 bonnes minutes devant moi.
Je peux aussi le poser dans la chambre d’Elliot, là c’est 10 minutes tranquille minimum, mais le risque qu’il tombe sur une pièce, une roue de petite voiture ou un casque de Playmobile est trop fort, je ne suis pas la meilleure des mères mais quand même…
Quand je lis, c’est pareil, le but de sa vie devient « manger ou déchirer le livre de maman ».
Bizarrement, quand je fais le ménage ou que je plie du linge, il me laisse tranquille et vaque à ses occupation.
Il me déteste c’est sûr, d’ailleurs, j’en ai eu la preuve hier, j’ai surpris Raphael mettant les caleçons propres de son père dans le panier à linge sale…
Elliot ne vaut pas mieux, l’ingratitude incarnée ce môme:
L’autre jour, en voyant le M que j’ai tracé sur la table avec de la cire avant de l’étaler Elliot s’est exclamé « oh, comme dans Mac Donald » , « Oui Poussin, comme dans Maman, dans Mélanie, et dans mal aimée aussi… »
Il y a quand même une chose qui me réconforte, ce n’est pas l’amour de mon mari, ni les ronronnement de mon chat, ni même mes tablettes géantes de Milka, non ce qui
me réconforte, c’est ma grande réussite en jardinage, LA découverte de mon congé parental, il semble que j’ai la main verte.
Car, attention, ta-ta-ta-tin:
Il y a cacahuette dans le pot.
Bon j’espère qu’avec le bol que j’ai en ce moment, il n’y en avait pas qu’une car elle n’était pas mure, j’ai tout renfourné dans le pot en espérant que ça supporte
le rempotage sauvage…
Ah, bientôt à nous les apéros fait maison, snapps de raisin de la voisine et cahuette(s) du balcon...vous v'nez?
Raphael a eu un an hier, cela fait donc un an aujourd’hui que je re re re fume.
L’occasion rêvée pour arrêter.
Et puis je pense au bien être de mes poumons, à l’éclat de mon teint, à la blancheur de mes dents, à l’exemple que je donne à mes enfants, à mon compte en banque, tout ça en double, Stephan arrête aussi, évidement.
Je pense à tout ça bien fort car, bordel, je ne me souvenais plus comment c’était dur.
Donc je compte sur vous pour m’encourager, me féliciter, et me demander régulièrement si je tiens le coup, histoire que j’ai bien honte si j’ai craqué.
D’autant que dans mon entourage proche, on ne peut pas dire que je sois aidée.
Déjà, il y a Elliot, qui est actuellement, heu comment dirais-je, irritant, énervant à la limite de l’urticant… Il est monté sur ressort, il saute, il tape il bouscule, et surtout
« chante » à tue tête toute la journée.
Je me maîtrise avec force et tremblement car je compatie…Il a arrêté la tétine il y a une semaine et je crois qu’il y a un lien de cause à effet.
Ne serait-ce que pour le bruit, avant la tétine faisait bouchon, maintenant le flot qui sort de sa bouche, en Français, en Allemand, en chanson, en aboiement (parce qu’il joue à être un chien 2 heures sur trois) ne connaît plus de limite, si ce n’est celle de ma patience…
Ensuite il y a Raphael, mon bébé, mon tout petit, mon si mignon…soit il m’offre des boules Quies, soit je lui en fait en purée.
Il s’est mit à grincer des dents.
Il en a 4 en haut, 2 en bas et aujourd’hui même, alors que je m’apprêtais à entamer ma vingtième heure sans tabac, il s’est mit à les frotter les unes contre les autres, façon craie sur tableau noir.
Soit il arrête maintenant, soit il passe le reste de la semaine avec un rouleau de Sopalin dans la bouche.
Quant à Stephan, mon mari, lui aussi arrête aujourd’hui, il devrait me comprendre et être mon premier supporter.
En fait il est plutôt le premier à m’insupporter.
Son trip « joyeux boy scout » ne va pas passer, bizarrement sa bonne humeur n’est pas communicative.
Sans doute que je manque de capacités réceptrices surtout après le vingt-sixième « ça va? » de la journée.
Il suçote une Nicorette quand j’en croque une poignée, il trouve super amusant de me proposer de sortir fumer, avec un clin d’œil, rigole avec ses fils de la mauvaise humeur de leur mère au lieu d’entrer dans mon jeux, histoire qu’on s’engueulle vraiment…
On est marié, il ne devrait pas au minimum souffrir pour moi ?
Bon, je vous laisse je vais aller piller sa réserve de bretzels apéritifs , histoire de l’énerver un peu le Boy Scout…
Parce qu’il y a un an, Raphael venait de naître.
Un an c’est un cap dans la vie d’une maman (et du bébé aussi, un peu) on passe d’un petit être immobile, docile, totalement dépendant à un presque petit garçon qui marche, qui comprend ce qu’on
lui dit, qui répond (dans une langue que l’on ne parle pas), qui mange tout se qui lui tombe sous les 6 dents.
Il y a un an, bien, je le prêtais de temps en temps, à son papa notamment, mais il était à moi, un bout de moi presque.
Et il est devenu une petite personne à lui tout seul, qui sait ce qu’il veut et qui arrive à l’obtenir, même si pour manger cette miette là sur le parquet, il doit s’allonger face contre terre,
sortir sa langue et ranger son orgueil.
Même s’il n’est jamais loin, voir même tout prêt, là dans mes jambes, ou encore là accroché au bureau pour voir ce que j’y fait, il fait sa vie comme il l’entend.
C’est un farceur qui se recouche en rigolant quand on vient le lever,
un fonceur quoi qu’il m’en coûte en Hémoclar,
une tête de mule, non, on ne surélèvera pas cette table même s’il s’entête à vouloir passer dessous, debout, 3 fois par jour,
un câlin qui se jette dans les bras et pose sa tête sur l’épaule, ça dure 15 secondes mais c’est 45 fois par jour,
un petit Alf qui course le chat jusqu’à s’en coincer la tête sous le lit,
un fouineur qui vide les tiroirs à chaussette,
Une piplette qui dit déjà un genre de « maman« , un « voila » quand il a fini de manger et un « danke » quand on lui donne quelque chose…
Ce petit bonhomme est venu il y a un an, agrandir le cercle très fermé des hommes de ma vie.
Merci et bon anniversaire Trésor.
(BaumKuchen Allemand et biscuits corses, merci Caro)
Photos des un an moins un jour en grande exclusivité, pour cause de parents indignes qui seront absent le 4 octobre et confiront le « Geburstag Kind » à sa Tante Birgit…
4 jours
3 nuits
0 enfants
0 mari
0 ménage
0 lessive
4 restos
1 ciné
Une paire de bottes
2 Bd
Une dizaine de livres
2 DVD
16 heures de train
6 copines vues
Une nièce embrassée (ainsi que ses parents)
Et surtout…
Une maison vendue.
Un gros crédit remboursé.
Un sommeil serein retrouvé.
Je crois que le poids de ma valise au retour était inversement proportionnel à celui de mon esprit.
Et puisqu’on l’avait quitté il y a plus d’un an, puisque cela faisait quand même 17 mois qu’on essayait de la vendre, je n’ai pas eu l’impression de vendre « mon chez moi ».
En Allemand, il y a un mots qui n’existe pas réellement en Français, Heimat, dans le dico c’est traduit par pays natal, ça peut être aussi la patrie, dans plusieurs livres, c’est utilisé pour la
région ou même le village d’où l’on vient, l’endroit où l’on se sent chez soi, où l’on a, la plus part du temps ses racines.
Sur le chemin du retour, au bénéfice d’une longue escale à Stuttgart, j’ai pu manger un Bretzel Allemand, bien frais.
Ce n’est pas que ça m’avait manqué, mais ça m’a fait plaisir, étrangement, j’ai repensé cette même escale, à l’aller, 4 jours plus tôt.
Car finalement, était il bien patriotique, ce plaisir ressenti, dans la même gare en voyant mon TGV Français m'attendant à quai…
Je suis de là où je suis au moment ou je suis, souvent opportuniste, parfois nostalgique, mais jamais complètement à l’Ouest…
De moins en moins, même, je dirais…
Cette fois Raphael marche, c’est officiel, seul, débout, victorieux sans avoir besoin de public et d’encouragements.
Il se remet régulièrement à 4 pattes car ce n’est pas demain qu’il se fera flashé par le radar du couloir sur ses deux pieds…
Ce qui est pratique quand il est debout c’est que les 15 litres de bave et les 10 litres de morve qui sortent respectivement de sa bouche et de son nez mettent plus de temps à atteindre le
parquet.
Ça tombe bien car en ce moment, je suis débordée. Si, si.
Déjà je prépare mon départ pour mes 4 jours de liberté conditionnelle, enfin ce qui me demande le plus de travail c’est la préparation du terrain pour l’exercice commando de mon
mari.
Pour un premier challenge, on en restera au thème « survivre 4 jours en milieu surveillé et protégé avec deux enfants », le frigo et les placards seront pleins, le panier à linge sale sera vide et la caisse du chat vierge.
Ensuite, je suis débordée car je cuisine. Si, si.
La perdante du concours pied de tomate ne se remets pas de sa défaite et continue d’amadouer la juge (et néanmoins concurrente, c’est à dire moi).
Elle m’a donné vendredi un sac rempli de prunes et de raisin (ah, ah, en tomate, elle voit bien que j’ai ce qu’il faut)
Sauf que c’était un piège. Une ruse sournoise à la hauteur du « je triche en plantant des haricots à ton concours de tomate ».
Les raisins sont spéciaux.
Très, très spéciaux.
Le copain qui y a goûté samedi a dit un truc du genre « Putain, ils sont imbouffables tes raisins, tu cherches à m’empoisonner »
Vu que j’avais déjà essayé de leur casser une dent avec les Thumbprint de Deb que j’ai du faire trop cuire, forcément ils l’ont mal pris…
Quoi qu’il ne soit et bien qu’il n’en ait pas mangé beaucoup, ça l’a fait cogité le copain car il a enfin trouvé l’arrière goût que je cherchais depuis 24 heures: du cassis pas mûr.
Google répondra à ma question, un existe en effet une variété raisin, en Allemagne et dans l’est de la France qui a un goût de cassis, il pousse en façade des maison, c’est principalement un raisin d’ornement.
La vieille elle s’est dit, la Française, elle mange des cuisses de grenouille, des escargots et des huîtres, elle ne fera pas la difficile avec mes raisins empoisonnés.
Toute personne sensée ouvrirait grand son sac poubelle et y enfournerait ses 3 kilos de raisin, avant que son estomac se transforme en champ de mine.
J’ai préféré en faire du Snapps, de la gnôle quoi.
Comme ces raisins, en plus d’être immangeables, ils sont pleins de pépins, je les ais pressés sous les aisselles à la mains.
Au début, c’était marrant, les mains noires, le jus qui coule, la chair visqueuse…
Mais au bout d’une demi heure j’ai commencé à avoir des démangeaisons, des doigts s’est monté aux avant bras.
À un demi litre de jus, j’ai abandonné mon poste de pressage manuel pour me gratter frénétiquement les bras de mes ongles noirs.
Mon mari déjà perplexe après que je lui ai demandé de plonger les doigts dans un bol de chair de raisin (qui ressemblait à un bol de méduses) me regarde effaré.
Il doit se dire que ces 4 jours à Paris font me raire le plus grand bien…
Voilà, j’ai mélangé mon jus à de l’alcool et du sucre, je secoue la bouteille régulièrement, mais en fait…je n’ose pas trop l’ouvrir…
Je devrais sans doute l’offrir à ma voisine, à moins que je lui offre ces fabuleux Thumbprint trop cuits…œil pour œil, estomac pour dent…
Raphael dimanche
dernier
Bon, les amis, faut que je vous dise…je l’avoue: En un an au foyer, je me suis poulardisée grave.
Aujourd’hui c’était la rentrée officielle d’Elliot au Kindergarten, je dis officielle parce qu’il y a 15 jours comme des parents indignes (c’est mon mari qui m’a poussé, moi, je me suis
poulardisée je vous dis) on l’y a lâchement abandonné chaque matin pendant une semaine (une pré rentrée quoi)
Aujourd’hui, il y a passé la journée.
Enfin, jusqu’à 15h30, on n’est pas des bœufs non plus, je me POULardise je vous dis.
On est donc partis chargés de bon matin, le goûter du matin dans la lunch box, comme d’habitude, et puis aussi le Tupper du repas du midi et puis le lunch box du goûter de l’après
midi.
Bah oui, abandonner son Poussin une journée entière dans un Kindergarten de campagne, ça se paye…au prix fort coté fourniture plastifiée.
J’ai déjà ressenti un léger malaise en lui expliquant qu’aujourd’hui je ne viendrai pas le chercher à midi.
Oui léger malaise, moi, Mélanie H qui, 3 année durant, a laissé son gamin 5 jours par semaine, 46 semaines par an, de 8h à 18h à la crèche, j’ai ressenti un léger malaise.
Quand les 12 coups de midi ont sonné, j’ai imaginé mon petit garçon regardant ses copains partir avec leurs gentille mamans, le léger malaise s’est transformé en
j-ai-franchement-les-boules.
J’ai fait passé la pilule en déjeunant d’un Bolino devant l’ordi, comme au bon vieux temps, nan, parce qu’il faut pas déconner, c’est quand même pour ça que le lundi il fait journée complète, le petit.
A 15h30 pile poil, j’avais revêtu mon plus beau Kway et j’étais devant le Kindergarten.
Dessert.
J’entre, serrant Raphael contre moi, le silence des lieux m’angoissant légèrement.
J’avance vers la salle d’Elliot et le trouve seul avec une « instit ».
« Mais il est tout seul? » demande en Allemand ma voix tremblante.
Je retiens mes larmes en entendant sa réponse affirmative.
« mais il a été tout seul toute l’après midi? » demande en Allemand ma voix pleine de sanglots.
Non, heureusement le dernier enfant est parti 5 minutes plus tôt, Elliot est cool et même pas pressé de partir, finalement je serais rapidement rassurée:
« et demain, je suis aussi un Mittag Kind, parce que tu sais, Chantale, elle est aussi une Mittag Kind »
Traduction: Mittag Kind= enfant du midi, qui mange au Kindergarten à midi quoi
Chantale= contrairement à ce que son prénom laisse entendre elle n’est pas une ménagère de plus de 50 ans mais bien une blondinette de 5 ans…
Et puis, nous sommes rentrés, tout les 3 main dans la main comme la gentille petite famille que nous sommes, enfin presque parce qu’il pleuvait on était en voiture et que se donner les mains en
voiture ce n’est ni commode ni très prudent.
Une fois rentrés dans la douce chaleur de notre foyer, je regardais avec amour mon petit garçon qui m’avait tant manqué, essayant juste d’ignorer encore un peu qu’il tentait de fouetter son petit frère avec ce fichu tuyau d’aspirateur jouet…